L’alliance entre Ryanair et Norwegian pourrait chambouler les vols vers les USA et l’Asie

Traverser l’Atlantique pour le prix d’un rasoir électrique : c’est le nouveau projet fou de la compagnie aérienne low cost Norwegian. Les Nordiques ont décidé de casser les prix en annonçant des vols du Royaume-Uni vers New York pour la modique somme de 65 euros le trajet dès cet été. Un prix brut et d’appel auquel il faut ajouter plusieurs dizaines d’euros pour des suppléments bagages, choix des places et autre ravitaillement à bord. Notons aussi que ce tarif ne sera valide (dans un premier temps ?) que depuis la ville écossaise d’Edimbourg et vers un aéroport « secondaire » de New York (Newburgh-Stewart ?) aux taxes moins importantes.

Comment expliquer cette réduction radicale de plus de 50 % des tarifs habituels pratiqués par la compagnie norvégienne ? Simple, d’après son patron Bjorn Kos, il suffit d’avoir le bon avion, à savoir le nouveau Boeing 737Max, jugé beaucoup moins énergivore et annoncé plus performant que ses prédécesseurs. Norwegian va être la première compagnie au monde à en prendre livraison avec six avions qui seront basés en Europe en avril prochain.

Et ce n’est qu’un début : les Norvégiens en ont commandé 94 autres. Ce nouveau Boeing, à la base un avion destiné au moyen-courrier, pourrait donc être le facteur déclencheur permettant de voyager moins cher vers l’Amérique. Le Boeing 737 Max, de plus ou moins 200 places, est ainsi beaucoup plus petit que les avions traditionnels traversant l’Atlantique.

La course au low cost sur ces lignes, pour l’instant, menées par les compagnies nordiques, telles que Norwegian ou l’Islandaise Wow, pourrait ainsi être relancée. On imagine que l’Irlandaise Ryanair, qui a commandé cent Boeing 737 Max et en a cent autres en option, doit regarder d’un œil attentif cette nouvelle idée norvégienne.

C’est l’une des compagnies aériennes européenne dont la croissance est la plus spectaculaire. En quelques années à peine, Norwegian est devenue la troisième compagnie low cost d’Europe, avec près de 30 millions de passagers transportés l’année dernière. L’un de ses créneaux ? Des vols long-courrier à bas coût essentiellement vers les Etats-Unis, mais aussi vers l’Asie (Bangkok). Depuis ses bases scandinaves, irlandaises, espagnoles ou françaises, la compagnie norvégienne annonce ainsi des prix d’appels de 99 euros pour des vols vers New York. Mais à ce prix, qu’on trouve rarement, il faut ajouter des suppléments pour les bagages, les repas à bord, etc.

Björn Kjos, le patron de Norwegian, était ce mercredi à Bruxelles, dans le cadre du sommet d’Alliance for Europe (A4E), une organisation de compagnies aériennes européennes. Il a expliqué à « La Libre » que sa compagnie avait bien l’intention de venir s’installer en Belgique. « Nous ne viendrons pas en 2017 à Bruxelles. Mais peut-être en 2018, explique avec un sourire M. Kjos. J’adore cette ville et elle figure dans nos plans. Mais il faut avouer aussi que ce n’est pas une destination traditionnelle pour les Scandinaves qui préfèrent voyager vers le Sud de l’Europe et l’Espagne en particulier. »

Paradoxalement, ce sont sans doute les passagers de l’aéroport de Charleroi qui pourraient être les premiers en Belgique à voyager avec les avions de Norwegian. La compagnie va ainsi coopérer avec Ryanair, omniprésente à Charleroi, dans les prochains mois. « Notre but est qu’un passager de Charleroi, par exemple, puisse voyager, avec Ryanair, jusqu’à l’une de nos destinations européennes et de là prendre l’un de nos avions long courrier vers les Etats-Unis ou l’Asie », nous explique M. Kjos. En termes aériens, on parle d’accord « Interline ». Pour aller de Charleroi aux Etats-unis, un passager ne devra ainsi réserver qu’une seule fois et pourra, entre autres, enregistrer directement son bagage pour la destination finale. Comme s’il s’agissait d’un vol avec escale d’une seule compagnie.

Les méthodes douteuses de Norwegian et Ryanair

« Nous voulons en priorité travailler avec Ryanair qui a le réseau européen le plus large », poursuit le patron norvégien. Il nous manque uniquement une plateforme informatique et nous espérons lancer notre alliance pour la fin de cette année ». Egalement présent à Bruxelles, M. O’Leary, le patron de Ryanair, s’est dit « très heureux d’alimenter les vols long-courrier de Norwegian. Et si, en plus, on peut faire exploser les compagnies traditionnelles sur leurs vols transatlantiques, c’est encore mieux ! », tout en affirmant que Ryanair ne pourra pas lancer de vols long-courrier, faute d’avions adéquats, « d’ici au moins 5 ans ».

Rappelons que si Ryanair et Norwegian proposent des prix aussi bas, c’est aussi en pratiquant certaines méthodes douteuses. La compagnie irlandaise est ainsi passée devant plusieurs tribunaux européens pour ne pas avoir respecté le droit du travail des pays où elle opère. Elle utilise aussi des pilotes « faux indépendants ». Norwegian est, quant à elle, accusée d’utiliser l’Irlande comme pavillon de complaisance et un paradis fiscal, Singapour, pour engager ses pilotes long-courrier.

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