Un exemple d’écotourisme au cœur de la France

Echologia : un exemple d’écotourisme au cœur de la France

À la confluence de la conservation du patrimoine industriel, de la démarche écologique, du lieu de loisirs familial et du tourisme insolite, Echologia est un projet singulier d’écotourisme et dont le succès va croissant. Découverte.

À l’origine, l’amitié de Guillaume Beucher et Vincent Brault, deux passionnés de nature qui souhaitent fonder un projet écologique destiné à faire connaître et briller leur département, la Mayenne. Le premier, ayant grandi dans les environs d’un ancien site d’extraction calcaire, se souvient de l’étonnante vivacité d’une nature ayant repris ses droits sur des lieux autrefois hautement pollués par l’activité industrielle. Lorsque l’un et l’autre se décident à fonder un projet où la nature, justement, occuperait la place centrale, c’est à la recherche d’anciennes carrières qu’ils se lancent. En 2006, leur attention s’arrête sur un site qui fut occupé jusqu’en 1963 et laissé à l’abandon depuis lors, qui leur semble adéquat et dont les vastes étangs promettent, au prix d’aménagements, à la fois des vues splendides et la possibilité d’activités de détente diverses.

Echologia - Grande carriere Bleue

Echologia - paysage sentier decouverte

Le terrain appartient, semble-t-il par un jeu de rachats industriels et d’héritages fonciers, au groupe capitaliste Lafarge : il faut donc en négocier le rachat. Pendant ce temps, les deux amis exposent leur projet à leur famille, à leurs amis, organisant une levée de fonds à laquelle participent 35 personnes. C’est le début d’une « aventure humaine », selon l’expression consacrée, qui sera participative et collective, Guillaume aimant comparer Echologia à un « organisme vivant, qui change au fil des rencontres ».

Après 3 ans et demi de négociations, l’achat aboutit et le projet Echologia naît officiellement en 2010. Nous allons vous donner un court aperçu de cette démarche et de ces lieux, dont l’intérêt est pluriel.

Une mémoire industrielle

Si l’abandon et la ruine caractérisent les anciens bâtiments industriels et maisons ouvrières, ne laissant pas deviner l’envergure de ce site, il était pourtant au XIXème siècle le site majeur de fabrication de chaux en France. À tel point que le tracé ferroviaire Paris-Brest passa par là ! Un travail de restauration a été entamé, qui suivra probablement son cours, en fonction des capacités humaines et financières.

Des hauts fourneaux, les arcades, des habitations ouvrières, une poudrière, d’autres vestiges industriels et, bien sûr, les vastes étangs là où l’extraction a laissé béer la terre, en font un lieu de mémoire ouvrière, un souvenir de l’exploitation sans pitié des ouvriers au XIXème au profit du grand capital, logique à laquelle la majorité des peuples du monde est soumise encore, en particulier dans le cas des industries extractives qui ravagent notamment l’Amérique latine et l’Asie.

Echologia02La poudrière servait à entreposer les explosifs servant à l’extraction

Echologia01Vue sur les arcades et l’un des hauts fourneaux (forme arrondie, à droite)

Des panneaux rappellent les conditions de vie de ces exploités : en hiver, l’ouvrier travaillait de 6 à 20h ; en été, de 4 à 22h… Pas étonnant, dès lors, que l’espérance de vie, en moyenne, fût de 44 ans… pour des personnes qui débutaient le travail à 13 ans, continuaient parfois jusqu’à plus de 70 ans et sans perspective de retraite ou de réorientation professionnelle… Cette mémoire industrielle et ouvrière devrait aux citoyens rappeler combien la fuite en avant industrielle, proposée par certaines politiques, n’est qu’un retour vers ce passé, que le mouvement ouvrier et sociaux avait permis de rendre révolus.

Un ressourcement au cœur de la nature

À l’image de ces visions d’anticipation dont le cinéma depuis quelques années nous a habitués, où des villes autrefois peuplées d’humains et devenues vides sont colonisées par la faune et la flore, le site après son abandon a été reconquis par la nature. Et un parcours pédagogique, qui sert notamment à la sensibilisation des écoliers des environs, rythmé de panneaux informatifs, permet d’en apprendre un peu sur la biodiversité de ce lieu classé Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF).

Les étangs que forment les anciennes nappes phréatiques, mises à nu par les dynamitages extractifs (on voit, d’ailleurs, où était la surface des sols avant l’exploitation des sols et des hommes), non seulement offrent un panorama splendide, a fortiori lorsque le temps est beau, mais elles sont d’une clarté et d’une pureté qui la rendent potable. Tirant parti de ces vastes étendues d’eau (plus de 2 millions de mètres cubes d’eau potable, nous apprend-on), les créateurs d’Echologia ont décidé d’y implanter des écrevisses… lesquelles ont à ce point proliféré qu’en saison de reproduction, c’est une moyenne de cent spécimens qui est pêchée par jour. Parmi les activités proposées à Echologia, de la navigation en canoë ou de la plongée sur ces belles lagunes.

Signalons aussi la très belle piscine naturelle (ou écologique) où il est possible de se baigner aux beaux jours : un beau travail, inspirant, où s’est reconstitué, nous dit-on lors de la visite, un écosystème et où les grenouilles, lorsque la présence humaine est encore rare (hors-saison, donc), sont à leur aise. Beaucoup migrent jusqu’au ruisseau voisin lorsque l’été arrive et que les visiteurs en vacances se font plus nombreux.

Echologia - Tipi et baignade naturelle

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Logements insolites et écotourisme

L’essentiel des revenus d’Echologia provient de ses logements insolites, où un effort a été réalisé dans le sens de l’écologie. Certes, en visitant les lieux et en interrogeant, on apprend que tout n’est pas 100% écolo, mais la démarche va, autant que faire se peut, dans ce sens. Et, de façon générale, l’effort tend vers le local – à la fois quand aux produits bio servis au petit-déjeuner qu’en matière de constitution d’un tissu social autour d’Echologia. Cela passe par l’intégration de bénévoles au projet, d’élèves de lycées agricoles à certains travaux, par le prêt de terrains à des particuliers des environs pour y jardiner, aussi bien que par des visites de groupes scolaires ou encore la présentation à ciel ouvert d’œuvres étonnantes de l’artiste local Jacques Blin, dont les métalloïds, des animaux fabriqués à partir de déchets de ferraille, qui rythment tout le parcours à travers le parc. Et c’est encore sans mentionner les diverses activités familiales et conviviales, comme les marchés de produits du terroir, vide-grenier, concerts, théâtre, qu’accueille régulièrement Echologia, en lien avec des associations locales.

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Echologia - Jardins

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Echologia - Vide grenier

Recyclage des eaux grises, préférences à des matériaux naturels, auto-alimentation électrique là où c’est possible : l’on tend clairement vers une démarche écologique, même si certaines cabanes sont alimentées en électricité depuis l’extérieur. Mais, là encore, la démarche est cohérente : si Echologia ambitionne d’être une « vitrine du développement durable » et dispose bien de quelques panneaux solaires, leur généralisation sur le site, estime l’organisation, aurait requis d’en importer beaucoup depuis une trop lointaine provenance.

On nous parle aussi d’isolation écolo, à base de laine de bois, de roche et de mouton, pour la réception , les sanitaires et les bureaux, ainsi que de vieux tissus recyclés (« métisse » : de vieux jean’s inutilisés convertis en charpie, ce qui constitue un recyclage plutôt malin en fin de vie).

Mais, au-delà de l’aspect écologique, qui ne suffirait sans doute pas à faire venir massivement des visiteurs, Echologia doit surtout son succès à ses logements insolites : des yourtes (construites et décorées par des artisans venus de Mongolie, à la manière traditionnelle), des tentes de trappeur, des tipis amérindiens, des tentes-igloos, des cabanes et, surtout, des cabanes… flottantes (toutes construites par le personnel d’Echologia) ! Les deux cabanes flottant sur l’eau constituent, en effet, l’attraction principale à Echologia : à tel point que, nous informe-t-on, tous les week-ends d’avril à septembre étaient déjà réservés depuis fin février !

Echologia - cabane digue

Echologia - cabane flottante et canoe

Echologia - Tentes trappeurs et wigwam

Echologia - tipis

Echologia - tente trappeur ou prospecteur

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Crédits photo : Echologia et Voyageurs du Net.
Site Internet d’Echologia : www.echologia.fr.

Sources : https://mrmondialisation.org/exemple-decotourisme-au-coeur-de-la-france/

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